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[La famille] Sandrine Dekens : « La famille, un réseau de liens qui obligent »

Le samedi 19 décembre, nous avons reçu Sandrine Dekens, la première intervenante de notre grand chantier sur la famille. Psychologue clinicienne, spécialiste de psychopathologie (la psychologie qui s’intéresse aux problèmes), elle a reçu une formation d’ethnopsychiatrie et travaille beaucoup avec des migrants, Africains notamment. Voici les grandes lignes de son intervention, et de ses échanges avec le groupe.

« Le fonctionnement psychologique n’est pas universel, il varie en fonction des cultures. J’ai découvert ça dans un lieu de soins à l’université de Saint-Denis, où on recevait des familles de migrants, surtout pas mal d’Africains. J’étais engagée dans la lutte contre le sida, et des femmes m’ont racontée des choses qui m’ont ahurie : une Ivoirienne me parlait du chant des génies qu’elle entendait dans la forêt, une autre des bijoux qu’elle portait à sa naissance… Et elles n’étaient pas délirantes. Je me suis dit que je devais me déplacer pour que ces énoncés-là soient qualifiables pour moi. Tobie Nathan, le fondateur de l’ethnopsychiatrie (ou « psychiatrie interculturelle »), était détesté par tout le monde : je me suis dit que je devais aller voir de ce côté-là !

Pour travailler en ethnopsychiatrie, il faut mener tout un dispositif. On reçoit toute la famille ensemble, et on est nous-mêmes en groupe de soignants : psychiatre, anthropologue, juristes… On regard le même objet mais avec des regards différents. Donc on sort du tête-à-tête.

La famille peut venir avec qui elle veut, même des voisins…

Le socle, c’est le médiateur culturel : il appartient au groupe familial, mais aussi au groupe des soignants. Il maîtrise les deux univers culturels. Il traduit les mots, mais aussi les concepts. Il s’attache aux mots « récalcitrants », ceux-là même qui n’ont pas de traduction : par exemple, le « blues » n’est pas traduisible en français.

C’est à partir de cette place-là que je suis venue vous parler de la famille. Toutes les disciplines ont quelque chose à dire sur la famille. C’est protéiforme : on y met tout ce qu’on veut, et même ce qu’on ne veut pas !

Je vais essayer d’être une bonne mère de famille, donc de bien vous nourrir !

En psychologie, la notion de « famille » est présentée comme quelque chose de positif : le droit de vivre en famille est reconnu dans la Convention des droits de l’enfant. Dans notre culture, la famille c’est bien ! En même temps, je vois beaucoup de patients qui sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu dans la famille. C’est là que se vivent les processus parmi les plus destructeurs. Ainsi 4 millions de Français sont victimes d’inceste dans notre pays ! C’est de toute façon le lieu de nos carences affectives graves : l’abandon, notamment.

Donc c’est un concept et une pratique très ambivalents. C’est d’ailleurs l’ambivalence propre à toute clôture : à la fois ça protège, et il y a un risque d’enfermement. Si la clôture est trop étanche, cela devient une prison ! « Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées… », disait l’écrivain André Gide.

En Afrique, la concession familiale est close, mais en même temps assez poreuse.

Du point de vue des sciences sociales, la famille est une construction, qui varie dans le temps et dans l’espace (selon la culture où l’on vit). Il y a eu une époque où, même en Occident, l’amour n’existait pas ! Le fait que l’amour soit au cœur de la famille est quelque chose de tout à fait récent. Le modèle occidental est toujours celui de la famille conjugale. Mais il est interrogé par la multiplication des autres modèles : familles monoparentales, homoparentales, recomposées… On a dissocié la sexualité et la procréation, et aussi la procréation et la filiation… En fait, les familles sont extrêmement diverses aujourd’hui en France. Et puis, les anthropologues décrivent aussi plein de types de familles différents à travers le monde…

On peut définir la famille comme un « réseau de liens qui obligent ». Avec cette question qui se pose aussitôt : peut-on être attachés et libres, liés et autonomes, en même temps ?

La famille est aussi une institution. Or, nous sommes dans une société individualiste. Et l’envie de se distancier de la famille existe aussi chez tous les migrants : il y a à la fois une loyauté vis-à-vis de la famille (c’est grâce à elle qu’on est là !) et on a envie de ne plus les voir, de se débarrasser des obligations multiples liées au lien (par exemple, concernant les mariages). Les migrants se convertissent à des concepts qui contiennent une promesse d’universel : par exemple, l’amour.

La famille, c’est un concentré de normes qui se contractent dans la famille. Qu’est-ce que c’et qu’être un homme ? une femme ? comment nomme-t-on les enfants ? On pense parfois que ce sont les autres qui ont une culture ! Or, tout le monde a une culture : certaines ont une visée universaliste, d’autres pas. Nous sommes comme des poissons dans l’aquarium : la culture, c’est l’eau dans laquelle on baigne, sans même s’en rendre compte.

Ainsi, dans une famille ch’ti, ça joue beaucoup la place de chacun à table, le morceau qui est donné à chacun dans le plat commun. Il y a beaucoup de codes dans tout cela. Quand on change de culture, on commettre de gros impairs. Dans le Nord, il y a aussi le principe des « arbres à loques » : si j’arrive pas à avoir d’enfant, je fais une demande à la vierge et je lui promets un remerciement. Mais attention à honorer sa promesse, sinon l’enfant risque d’avoir des problèmes !

Les attitudes du corps sont aussi très importantes dans chaque culture. Par exemple, un enfant mandingue ne pose pas de questions, ne regarde pas un adulte dans les yeux. Des psys peuvent poser un diagnostic de dépression à partir de l’observation de telles attitudes, alors que ce n’est pas forcément le cas ! « Il va pas bien cet enfant ? ». Si, c’est juste qu’il est bien élevé. »

12 - Village de jumeaux Deux fois deux

 

Un village de jumeaux, Porto Novo, Bénin, 2005 (photo Sandrine Dekens)

 

Notions anthropologiques sur la famille

« En Afrique, la famille ce sont des groupes de personnes toutes reliées entre elle, et qui ont le même lien avec des divinités. On est aussi attaché par des invisibles et des non-humains. Pour les Maliens, par exemple, il est clair que « nous ne sommes pas seuls au monde » !

Deux grands systèmes régissent la structuration des familles : le système patrilinéaire et le système matrilinéaire (en France, on est un peu dans un système mixte).

Le système patrilinéaire est celui qui ressemble le plus à ce qu’on connaît : c’est la famille de la fille qui apporte une dot au mari. Et le chef de famille est l’aîné des garçons.

Dans le système matrilinéaire (qui domine en Afrique centrale, par exemple en République Démocratique du Congo, ou dans une partie du Ghana), c’est la famille du fils qui apporte une dot à la jeune mariée. Et le chef de famille est un conseil de famille du côté de la mère. Il y a des pères génétiques et des pères éducateurs (souvent c’est l’oncle maternel) : les psys et les assistantes sociales d’ici n’y comprennent rien quand on leur dit que le papa ne peut rien faire pour le fils, mais qu’on peut appeler le frère de la mère qui habite en Belgique !

Tout cela part de l’idée qu’un père et une mère ne suffisent pas à faire un enfant : il faut plus que deux humains, il faut au moins une divinité (ou, chez nous, la science ?). Dans les sociétés dites modernes, le bébé est une somme de potentiels, il est une personne dès qu’il arrive. Il va falloir qu’il trouve autour de lui les ressources nécessaires pour réaliser tout son potentiel, se déployer, s’épanouir… Une graine qui contient déjà en germe tout l’arbre qu’il deviendra. Ici, l’humain se développe de l’enfance jusqu’à sa maturité d’adulte, puis commence à décliner vers la vieillesse.

Dans les sociétés dites traditionnelles, c’est l’ancêtre qui a la propriété de l’enfant. Le bébé est extrêmement puissant, c’est une force brute venue du monde des ancêtres, qu’il faut canaliser et humaniser. Le processus d’humanisation est sans fin, du moins il ne décline pas car c’est un processus d’accroissement qui s’approfondit au fil des initiations. Plus on a de l’expérience, plus on devient un être humain. Ici, on dit que les vieux perdent la boule ; là-bas, on dit qu’ils explorent de nouvelles voies de la sagesse !

On accueille le bébé comme s’il venait d’un autre monde. On fait de la divination pour savoir d’où il vient… on ne se précipite pas pour le nommer ! Si on se trompe de nom, on rend l’enfant malade! Les vieux se réunissent pour discuter de tous les signes autour de la naissance (par exemple, comment se présente-t-il ?). Il faut savoir comment l’accueillir, comment lui parler… Quelquefois on prescrit une « renomination ». Quand l’enfant vient du grand-père, on peut l’appeler « papa » : les psychanalystes s’en arrachent les cheveux ! Mais il faut respecter tout cela, sinon ça désorganise tous les liens.

Les logiques des états-civils ne sont pas les mêmes entre ici et là-bas. Par exemple, dans la région des grands lacs : au départ, il n’y a qu’un seul et même nom pour désigner une personne (il n’y a pas de prénom + nom). Le nom de famille est nommé par le père, mais l’éducateur peut être l’oncle maternel. Il peut y avoir un nom pour « l’enfant né après les jumeaux » (on ne peut pas s’arrêter à des jumeaux au Cameroun ou au Congo). Quand des jumeaux naissent, ils réorganisent tout le système d’attribution des noms, car des jumeaux ont une place particulière dans la cosmogonie. Toutes les cosmogonies avant les religions monothéistes sont très marquées par les jumeaux. Chez les Yoruba, chaque jumeau a une statuette qui préside à son existence et qu’il ne faut surtout pas séparer. 

Chez nous, on transmet les choses aux enfants par la pédagogie, ailleurs la transmission se fait par l’initiation. Et on prend soin des liens affectifs de manière très différente selon les cultures : ici, on verbalise sur l’amour ; en Afrique centrale, ça s’exprime par le versant matériel, pas par l’expression des sentiments. Ca me rappelle l’histoire de ce psychologue qui convoque une mère congolaise car il a l’impression que son petit de 9 ans se sent mal aimé. La mère lui répond : « Je ne comprends pas, je lui achète des baskets neuves chaque mois ! » Le psy s’étonne : « Vous pourriez faire plus quand même ! ». Et la mère de lâcher : « Je peux pas, j’en ai pas les moyens ! »

Qu’est-ce que tout cela change dans le mode de vie et de société ? On communique avec le monde invisible. Les liens entre les invisibles et les humains sont entièrement codés, à travers des signes qui doivent être interprétés par des « collègues » du monde entier (par exemple, les officiants du vaudou en Haïti). Ceux-ci ont des rituels de guérison (car le premier mode de communication avec les invisibles, c’est de nous infliger des maladies si on ne satisfait pas à leurs besoins). On est au-delà du bien et du mal, c’est une force avec laquelle on va tenter de cohabiter en paix. Or, ce sont eux qui sont propriétaires de la terre. Ce sont des réseaux de lien entre vivants et morts, visibles et invisibles. Une maladie, c’est un message qu’il faut comprendre. On ne s’adresse pas en lien direct aux ancêtres, aux invisibles. Ce sont des mondes qui doivent coexister, mais il faut qu’ils soient bien séparés. 

C’est le cas des « enfants sorciers » de Kinshasa. Si l’enfant est maintenu dans le groupe familial, il risque de lui arriver malheur. Donc, on les met dans des orphelinats pour être adoptés. La procédure, c’est de faire sortir le sorcier de l’enfant. Alors, on frappe l’enfant pour le faire sortir. »

Échanges avec le groupe

Bacary : je suis originaire de Guinée-Bissau. Il y a un djin familial, et c’est celui qui a plus de puissance qui s’occupe de lui. Il a son autel à l’entrée de la maison. On le nourrit avec du vin rouge tous les jours. Une fois pas an, on lui fait une fête, mais je dois changer mon prénom. Je communique avec mon grand-père car je porte son nom. Si je dois faire des sacrifices pour lui et que je ne le fais pas, il apparaît dans mes rêves pendant trois jours de suite ! Je ne dois pas voir la hyène et pas manger le serpent.

Sandrine : ça crée énormément d’obligations, mais tout ce monde-là est construit sur le fait qu’il peut y avoir des rattrapages. Des systèmes qui proposent énormément de ressources. Ca donne aux thérapeutes la possibilité d’activer plein de choses, par exemple face à un enfant autiste. Les invisibles passent leur vie à se rappeler à nous, alors qu’on n’a de cesse que de les oublier. Ca anime énormément les liens et ça active les familles.

Kassia : je suis originaire des Philippines, mais j’ai plusieurs cultures en moi. Et puis, toutes les cultures traditionnelles se redécoupent entre les riches et les pauvres.

Sandrine : les cultures, ce n’est pas gravé dans un champ ancien et immuable, ça ne cesse d’évoluer. L’identité actuelle, c’est avec du multiple en soi. Quand on est métis, on apprend à vivre avec plusieurs cultures. Le risque, quand il y a du conflit, c’est d’être clivé et de penser que l’on va devoir choisir un camp contre l’autre.

Christelle : si la famille doit être réunie (par exemple, pour le sacrifice du bœuf) et qu’il y en a un qui veut pas, que fait le groupe ?

Sandrine : on va essayer de comprendre pourquoi, l’écouter, savoir s’il ne serait pas un sorcier, c’est-à-dire celui qui attaque le groupe social.

Sandy : je suis la première fille de mon père, la plus proche de lui avant sa mort, et ma grand-mère paternelle a des dons. Comme j’étais la plus rebelle, je me suis mis toute la famille à dos à partir de l’adolescence. Après que mon père soit décédé, je suis allée à mi-chemin de l’au-delà, et il m’a dit de revenir parce que mon heure n’était pas encore venue. Je sentais mon père toujours présent, traversant des pièces avec le peignoir que je lui avais offert. Ca m’a fait peur pendant longtemps. Mon premier fils porte son nom. Je communique toujours avec lui. Malgré les embûches, il me guide pour que tout se passe bien pour moi. Donc, c’est un lien bénéfique.

Sandrine : tu pourrais l’installer dans ta chambre. Aujourd’hui, c’est toi qui pourrais être le cœur rassembleur de la famille !

Marisa : il me reste un souvenir très fort de mes 7-8 ans, dans un petit village des Antilles. Chaque fois qu’il y avait un mort, c’était nous qui étions chargés de tout le rituel. Il y en avait un de nous qui entendait l’esprit et qui nous disait s’il fallait aller vite ou pas !

Sandrine : le rituel dit la manière de couper le lien avec le mort. On ne fait pas son deuil en Afrique, on change les modalités du lien. Chez les Bakongo, quand un père ou une mère meurt, on lance au-dessus du cercueil pour que l’enfant puisse ne pas trop penser au mort.

Abdel : si le mort a du pouvoir, pourquoi il n’utilise pas ce pouvoir pour rester vivant ?

Sandrine : il n’en a pas forcément envie, peut-être est-il content là où il est ?

Abdel : le monde invisible existe, mais il est pour nous !  Il y a des gens qui utilisent tout cela pour capter de l’argent.

Pierre : dans le monde occidental blanc, masculin, il y a exactement les mêmes phénomènes. Je n’aime pas ce terme d’« ethnopsychiatrie » : il faudrait changer de nom, car ça nous emmène vers les cultures « autres ». Et puis, nous ne sommes pas dans des sociétés individualistes, mais dans des sociétés d’interdépendance.

Sandrine : je suis tout à fait d’accord. Aujourd’hui, on emploie plutôt l’expression « Psychologie géopolitique clinique ». Et c’est vrai que nous sommes des personnes attachées. On peut même avoir des attachements politiques. Bruno Latour propose un « Parlement des attachements » : tout ce qui n’est pas visible et dans lequel nous baignons.

Renée : le sel, les tireuses de cartes, tout cela est aussi très important en Bretagne !

Sandrine : Jeanne Favret-Saada a travaillé sur la Mayenne. On a de quoi ré-enchanter notre monde.

Benoît : tu n’as pas du tout parlé de conflit ?

Sandrine : il y a aussi des conflits énormes, par exemple sur la question de savoir « à qui appartiennent les enfants ? »

Soshita : ces croyances ne peuvent-elles pas parfois conduire à de mauvais traitements sur les enfants ?

Sandrine : oui. Ca me rappelle un père soninké convoqué à l’école car son enfant n’avait pas le comportement voulu. Le père rentre chez lui, demande à l’enfant de ramasser un fil de fer électrique, et le frappe avec. Il est convoqué chez les policiers. Il ne comprend rien à tout cela, et se referme sur lui-même. Il faut se déplacer auprès de lui, s’appuyer sur son intention d’être « un bon père », le mettre en garde contre les comportements délictueux ou criminels.

Soshita : c’est vraiment dur d’être enfant dans ce monde-là !

Sandrine : oui, mais l’avantage, c’est qu’on a très envie de sortir de l’enfance !

Myriam : être dans une culture universalisante, est-ce que ça ne produit pas politiquement du racisme ?

Sandrine : en tout cas, ça produit de l’impérialisme.

Jean-Paul : oui, mais c’est aussi cette culture-là qui produit l’ethnopsychiatrie.

Sandrine : oui, il doit d’ailleurs y avoir eu des liens avec des mouvements marxistes, les luttes anticoloniales.

Dominique : je travaille avec des psychologues transculturels à Villiers-le-Bel dans le cadre de la « réussite éducative ». Quand l’enfant arrive à l’école, on lui enseigne « les valeurs de la République ». Si la pathologie vient du choc des cultures, comment peut-on travailler là-dessus ? Des groupes de réflexion en préfecture impulsent des formations à tout-va sur les valeurs de la République : ça me fout un peu les jetons !

Sandrine : la République demande un pacte qui est de renoncer à ces attachements antérieurs, c’est un prix cher payé ! Les migrants sont rattrapés par leurs invisibles. Il y a de la récalcitrance dans les liens antérieurs. Et ça ressort dans les consultations !

La conclusion de Sandrine

« La famille est ambivalente entre le positif et le négatif. Pour les Africains, l’endroit le plus dangereux qui soit pour eux, c’est leur famille. Sur le sida, la première hypothèse qu’ils faisaient, c’était que ça ne pouvait venir que de la famille. C’est à l’intérieur de la protection que ça s’est joué. »

[Le Chantier 2014-2015 sur le travail] En images et en sons, quelques personnages du spectacle !

A quelques semaines du spectacle « Le Chantier » et pour vous mettre l’eau à la bouche, voici, en « teasing », un diaporama sonore qui vous livre un peu de ce spectacle de théâtre-forum sur le travail, quelques-uns des visages des 60 citoyens qui y jouent, quelques-unes de nos problématiques… Le reste est à découvrir le vendredi 5 juin à 20 h et le samedi 6 juin à 15 h à La Parole Errante de Montreuil ! Le spectacle est gratuit, les réservations obligatoires : resanaje@gmail.com

 

 

Urgent : aidez-nous à financer « Le chantier » !

Nous sommes à moins d’un mois des deux représentations de notre spectacle «Le chantier», consacré au travail, et l’argent manque encore pour financer l’ensemble de ce grand chantier annuel. L’opération de financement participatif (crowdfunding) que nous avons lancée sur Ulule n’a pour l’instant recueilli que le tiers de l’objectif fixé (10 500 € affectés à payer les transports des participants qui viennent de loin, la nourriture, les décors, la location de la salle…). Alors, à vous de jouer et de diffuser largement notre appel à dons ! Rappelons que ceux-ci peuvent bénéficier d’une déduction fiscale.

Ce projet est soutenu financièrement par la Région Île-de-France, le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires), la Fondation de France et la Fondation Syndex. Leurs subventions sont précieuses… mais nous avons aussi besoin de votre appui !

Le chantier sur Ulule

Car faire participer 60 citoyens ce n’est pas rien ! Même si la compagnie et sa dizaine de comédiens professionnels relèvent chaque année ce défi, celui-ci a forcément un coût. Et les subventions publiques, tout le monde le sait, deviennent plus rares, plus difficiles à obtenir. Pour que le projet reste accessible à tous, il est souvent difficile de joindre les deux bouts. Pour pérenniser cette riche aventure, nous avons besoin de vous !

Les 60 participants viennent des quatre coins de la France (Marseille, Angers, Lyon, Rennes, Blois, Tours, Paris et sa banlieue…) : ils sont chômeurs, travailleurs, au RSA, retraités, jeunes, vieux, pauvres ou moins pauvres et ils sont tous animés par cette même volonté : construire ensemble, grâce au théâtre de l’opprimé, une société plus juste. Nous sommes attachés à ce que cette grande aventure soit accessible à tous, et sans conditions. Nous voulons que ces grands chantiers d’éducation populaire et de création collective, qui sont l’âme de la compagnie, perdurent!

Les grands chantiers de la Cie Naje. Chaque année depuis 1997, en parallèle de ses autres activités (spectacles, ateliers et formations), elle mène son « grand chantier national », une aventure hors-normes où des citoyens d’horizons différents se mêlent pour créer ensemble un spectacle de théâtre-forum. En novembre 2014, plus de 60 citoyens se sont embarqués dans l’aventure d’un nouveau grand chantier sur le thème du travail. Le spectacle, intitulé « Le chantier », aura lieu les 5 et 6 juin 2015 à La Parole Errante de Montreuil. Et ces deux représentations seront gratuites, afin que tout le monde puisse venir y assister et y participer.

 

[Le chantier] Témoignages de l’aventure !

Ils ont rencontré la Compagnie Naje et l’aventure du grand chantier sur le travail ! Témoignages.

Brigitte « Je suis là parce que c’est l’endroit où je peux allier ma passion pour le travail théâtral, pour la création en équipe et pour le militantisme, pour changer le monde, pour changer la vision des spectateurs, en direct, avec des histoires vraies, touchantes, fortes et émouvantes, des histoires qui les remuent et les baignent dans la vérité, dans la souffrance, la dureté, les joies des personnages que nous montrons au grand jour, les sans voix. Et ça les secoue, ça les réveille. C’est une grande aventure que nous vivons tous ensemble, une grande histoire d’amour qui ne finit jamais puisqu’on se retrouve tous les ans si on le veut, pour construire un nouveau monde, un monde où rien n’est caché, où je suis fière d’exister. »

Marysa « Je me sentais prête à réveiller les bons et mauvais souvenirs d’une « carrière » dont je n’aurai en fait maitrisé ni le début ni la fin (imposé-e-s tous les deux) ni le milieu d’ailleurs, qui, lui, fut plutôt improvisé… Beaucoup d’émotions, souvent désagréables, que le travail avec les ombres en papier et les marionnettes me permet de faire surgir, tout en les maitrisant à peu près, pour vraiment les dissiper… Agréablement. La magie du groupe opère, et génère l’effort à fournir pour se respecter parmi les autres, pour respecter les consignes, pour respecter les autres ,mais aussi pour s’écouter et écouter l’autre en soi et en face de soi… »

Muriel « Ca fait quelques années que je participe au projet national de NAJE et c’est à chaque fois une vraie bouffée d’oxygène par rapport au « travail » habituel justement, celui que l’on fait en guise de gagne pain mais dont on se passerait volontiers pour faire un autre travail, comme ce que NAJE propose, qui apporte du sens, du savoir (à la fois grâce aux interventions de sociologues, chercheurs…mais aussi grâce à ce que nous amenons chacun-e), du plaisir, des rencontres nouvelles et des retrouvailles, avec les ancien-ne-s. En plus, on peut jouer des rôles liés au travail que l’on ne choisira jamais dans sa vie de salarié-e par conviction, comme celui d’un-e chef ! NAJE nous donne aussi l’occasion de travailler le théâtre : la voix, la posture, les émotions. Ca donne confiance en soi et c’est super important pour livrer des batailles syndicales sur nos lieux de travail. La compagnie NAJE porte bien son nom parce qu’elle nous redonne justement espoir ! »

Oré « Je suis doctorante, vacataire enseignante dans une université. Sans contrats et sans rémunération pour les cours que j’assure depuis des mois. Quand le chantier a commencé, j’ai bien cru que j’allais renoncer à y participer. Parler du TRAVAIL les WE quand ça se passait si mal avec le mien, c’était trop dur. Et puis avec mes collègues nous nous sommes organisé-e-s pour défendre nos droits et exiger des améliorations autour de nos conditions d’emploi. En quelques mois nous avons obtenu une première série de victoires. Je suis revenue dans le groupe fière et forte, avec l’envie de redistribuer le bénéfice de ces réussites. Une certitude : parmi tout ce qui a contribué à nourrir notre lutte, il y avait l’énergie du groupe et les ressources amenées par le chantier national. »

Nora : « Le théâtre forum est un très bon outil de thérapie sociale. Il enseigne, Il libère la parole, il déconstruit des schémas de pensée et il met toujours en débat ce qu’il a produit en nous. La compagnie Naje maîtrise cet art incroyablement bien. Mais, ce qui est encore plus fort, les concernant, c’est d’arriver à rassembler sur leur projet des personnes aux origines sociales réellement diverses. Le défi de la mixité sociale n’est pas évident à relever. Comment font-ils ? »

Le troisième week-end du grand chantier « Travail »

Toujours autant de ferveur et d’enthousiasme pour ce troisième rendez-vous du grand chantier sur le travail ! Et toujours autant de participants… une bonne soixantaine ! De nombreuses histoires ont encore été improvisées les 13 et 14 décembre derniers…

Le samedi, pas d’intervenant, l’occasion de se consacrer pleinement à des exercices autour du corps, des jeux d’occupation de l’espace, ainsi qu’un temps avec des bâtons en petits, puis grands groupes. Les participants se sont ensuite répartis en petits groupes de travail autour de ces thématiques :

  • le collectif dans le travail : pour le meilleur et pour le pire ?
  • les conflits de valeurs ;
  • comment vit-on la situation de non-travail ?
  • l’implication du corps dans le travail ;
  • l’étonnement.

Autour de ces thèmes, de nombreuses histoires ont pu être racontées et improvisées.

Dimanche, nous avons reçu Damien Cru, ancien tailleur de pierres, puis ingénieur de prévention dans le BTP, aujourd’hui consultant et militant syndical (il a écrit « Le risque et la règle », aux éditions Erès, 2014). Ils nous a parlé de son expérience de tailleur de pierre, ce qu’il l’a ensuite conduit à se consacrer à la sécurité et la prévention dans les métiers du BTP. Il s’est exprimé sur plusieurs points : la prudence au travail, la langue de métier, les règles de métier. Son intervention était ponctuée de multiples anecdotes liées à son travail…

Le compte-rendu de l’intervention de Damien Cru

L’après-midi, certaines histoires racontées par Damien Cru ont été improvisées. D’autres thématiques ont aussi été travaillées comme « les légendes liées à mon métier ».

Rendez-vous les 10 et 11 janvier pour le quatrième week-end du grand chantier. Avec pour intervenantes Sophie Prunier-Poulmaire, ergonomie (le samedi), et Danièle Linhart, sociologue du travail (le dimanche).

Le grand chantier sur le travail : c’est parti !

Le coup d’envoi du grand chantier de la Cie Naje, c’était ce week-end, les 8 et 9 novembre. 80 participants se sont lancés dans cette nouvelle aventure sur le thème du travail. Un premier rendez-vous pour faire connaissance et commencer dès maintenant à réfléchir à notre rapport au travail, nos histoires à improviser et rencontrer des spécialistes. 

Le samedi, les jeux, les ateliers en petits groupes ont permis de faire émerger les premières histoires : ma dernière joie au travail, ma dernière colère au travail, la fatigue de mon travail, mon dernier découragement au travail… Certaines ont pu être improvisées.

Pierre Lenel, sociologue, est intervenu dans l’après-midi autour de la notion de travail vue par des philosophes, économistes ou sociologues dans l’Histoire, sur la différence entre travail, emploi et activité. L’intervention a été interrompue trois fois avec des « questions à foison » : un outil pour questionner et mettre en débat les différentes notions de l’intervention.

Lire le compte rendu de l’intervention de Pierre Lenel.

Dimanche, toujours en petits groupes, les participants ont réfléchi à la question « Ce que j’aime dans mon travail ». Pour certains, c’est le fait de pouvoir bien réaliser leur tâche, leur œuvre, ne pas être surveillé ou en tension; pour d’autres, ce sont les collègues et le collectif qui comptent… Il y a aussi ceux pour qui la relation aux usagers ou clients est importante, d’autres parlent des moments de lutte collective, d’autres encore du sentiment d’avoir été utile à une personne ou un groupe, d’autres de reconnaissance…

Dans l’après-midi, les groupes se sont attachés à analyser plus en détail le métier d’une seule personne de leur groupe, notamment en jouant une journée-type ou seulement un moment précis : caissière, chef de service, doctorante…

Lors de ces premiers week-ends de « formation », au-delà de nos propres réflexions et histoires, nous recevrons des spécialistes, chercheurs, ergonomes, syndicalistes, militants… Ils nous apporteront leur point de vue pour enrichir la réflexion sur le travail.

Prochain rendez-vous les 29 et 30 novembre à la Fabrique des Mouvements, à Aubervilliers. Nous recevrons Selma Reggui, conférencière gesticulante sur le travail, ex-experte pour les CHSCT.

 

La conduite de ce chantier est rendu possible grâce aux financements de l’ACSE, la Région Ile de france et la Fondation de France. 

Second week-end de travail sur les normes

Les 14 et 15 décembre, a eu lieu le second week-end de travail pour le grand chantier de la compagnie NAJE sur le thème des normes. Les quelque 70 participants au projet se sont retrouvés au Centre d’animation Jean-Verdier dans le 10e arrondissement à Paris.

La compagnie Naje a reçu le samedi après-midi Ivar Petterson, anarchiste, humaniste, non violent et tapissier. Il nous a raconté l’anarchie à travers des bouts de son histoire et de ses actions. Nous avons improvisé quelques-uns de ses récits sous sa surveillance amicale et chaleureuse.

Son intervention s’est conclue par l’interprétation de l’un des membres du groupe (et entonnée par le reste) de la chanson de Léo Férré, « Les anarchistes ».

Petit à petit, les interrogations du groupe sur les normes se précisent, des réponses émergent… Prochain rendez-vous les 11 et 12 janvier : la compagnie NAJE recevra Philippe Robert, sociologue (normes sociales et déviances), Celia Daniellou, chercheuse (handicap et normalité) et Pierre Lenel, sociologie (normes sexuelles et de genre).

Notre grand chantier 2013-2014 sur les normes

Cette année, nous allons mener un gros chantier sur la question des normes, de la normalité, de la normalisation. Il s’agira de créer un spectacle sur une logique qui est en train de monter très fort et a des impacts partout, y compris sur nos propres vies. Certaines normes nous protègent, d’autres nous semblent servir des intérêts qui ne sont pas les nôtres.
 
Les impacts sont collectifs comme individuels. Par exemple, on n’a plus le droit de vendre de graines si elles ne sont pas au catalogue des graines estampillées, ou on galère pour créer une crèche parentale car il faut obligatoirement du personnel diplômé. Au niveau social et psychologique, nous savons que les normes des classes dominantes s’imposent aux classes dominées, et comment cela peut faire souffrir dans sa vie de tous les jours.
 
Nous allons essayer d’explorer le plus possible d’aspects du phénomène :
– normes industrielles : elles protègent qui ? de quoi ? qui les crée ? qui les respecte ? quel est leur impact pour nous ?
– normes au travail : les nouvelles normes, les manières d’évaluer , les certifications, le droit du travail et le dialogue social… que se passe -t-il du coté du travail ?
– normes économiques et financières : lesquelles constituent des protections et lesquelles ne le sont pas ?
– normes sociales : comment sont elles créées ? par qui ? pour quoi ?
– normes langagières, vestimentaires, coutumières…
– normes de santé, normes morales et sexuelles.
On devrait aussi pouvoir y parler de nous qui imposons des normes aux autres ou qui en sommes prisonniers, de ce que nous faisons pour apparaître normaux… Mais également d’organisation sociale, d’alternatives libertaires, de résistances…
 
Les participants
Une soixantaine. Ceux qui l’ont voulu. Certains seulement pour la partie formation, d’autres pour la totalité. C’est gratuit.

Il y a :  des vieux, des jeunes, des qui gagnent bien leur vie et d’autres qui sont sous le seuil de pauvreté, des hommes, des femmes, des homo et des hétérosexuels, des blancs et des colorés, des qui ont fait des études et d’autre non, des qui viennent de près, d’autres de loin, des qui sautent haut et d’autres qui ont du mal à marcher, des qui sont gros et d’autres qui sont maigres, des qui ont la tête dans les étoiles et d’autres avec les pieds bien ancrés dans le sol… Bref, une compagnie haute en couleurs et en diversité. C’est ce qui la rend géniale.

Les intervenants des premiers week-ends 
Voici la liste des experts qui ont à ce jour accepté d’intervenir dans notre groupe. Cette liste n’est pas définitive et sera complétée ultérieurement. 
Week-end des 9 et 10 novembre :
– Pierre Alphandéry, sociologue (présentation générale, critique des normes environnementales)
– Barberine d’Ornano, consultante
– Béatrice Hibou, sociologue et politologue (la généralisation des normes comme outil du néo-libéralisme)
Week-end des 14 et 15 décembre :
– Ivar Petterson, militant internationaliste (l’anarchie contre les normes)
Week-end des 11 et 12 janvier :
– Philippe Robert, sociologue  (normes sociales et déviances)
– Celia Danielou, chercheuse ( handicap et normalité)
– Guy Kastler, réseau Semences Paysannes
Week-end des 1er et 2 février :
– Violaine Delteil, chercheuse (le dialogue social)
– Marie Josée Del Volgo, maître de conférence à la Faculté de Médecine d’Aix-en-Provence, et Roland Gori, initiateur de l’appel des appels (normes et santé)
 
Le calendrier
Les horaires de novembre à avril : les samedis de 13 à 19h, les dimanches et autres jours de 10 à 17h. En mai, les horaires varieront.
1er week-end de formation : 9 et 10 novembre à Paris 
2e week-end de formation : 14 et 15 décembre à Paris ; 
3e week-end de formation : 11 et 12 janvier à Paris ;
4ème week-end de récolte des histories des participants : les 25 et 26 janvier
5ème week-end de formation : 1 et 2 février à Paris.

Ecriture pendant février.
Création les 8 et 9 mars (si possible le samedi à Aubervilliers et le dimanche à Paris).
Création les 29 et 30 mars (si possible le samedi à Aubervilliers et le dimanche à Paris ).
Création les 5 et 6 avril (si possible le samedi à Aubervilliers et le dimanche à Paris ).
Création les 26 et 27 avril (si possible le samedi à Aubervilliers et le dimanche à Paris ).
Répétition les 8 mai (jour férié), 9 mai (en soirée pour tous, plus après-midi pour ceux qui le peuvent) ainsi que les 10 et 11 mai.
Répétition les 24 et 25 mai.
Répétition (en soirée, plus après-midi pour ceux qui le peuvent) les 26, 27 et 28 mai.
Répétition toute la journée les 29 et 30 mai (le 29 mai est férié car c’est l’Ascension)
SPECTACLE LE 30 MAI AU SOIR ET LE 31 MAI
BILAN LE 1er JUIN

Les lieux de travail
Sur Paris, il s’agit du Centre d’animation Jean-Verdier au 11 rue de Lancry 3ème étage (partenariat avec le CRL 10) (métro Bonsergent ou République).
Sur Aubervilliers, il s’agit de la Fabrique du Mouvement (5, rue de Valmy, RER La Courneuve-Aubervilliers) avec qui nous sommes partenaires.
Sur Montreuil, il s’agit de La Parole Errante (9, rue François-Debergue, métro Croix de Chavaux) avec qui nous sommes partenaires.

Pour plus de renseignements : compagnienaje92@gmail.com ou 01 46 74 51 69