Dominique Plihon

Le 17 décembre 2011, dans le cadre de notre chantier sur la mise à mal des services publics, nous avons rencontré Dominique Plihon, économiste et membre du comité scientifique d’Attac afin de mieux comprendre les enjeux de la crise et de la dette de l’Etat.
 
Attention, notre compte rendu n’a pas été relu par Dominique Plihon et peut donc comporter des erreurs.
 

COMPTE RENDU

Ma vision de notre sujet est politique. C’est une vision alternative que nos défendons à attac car nous estimons que nous allons droit dans le mur avec les politiques actuelles. L’on nous dit que la dette publique empêche toute marge de manœuvre et qu’il n’y a pas d’autre alternative qeu de faire des coupes sombres dans les budgets. C’est cette vision des choses qui s’impose dans les têtes. Attac s’oppose à cette vision.
 
LA CRISE
La crise actuelle est plus grave que la crise de1929. Elle dure et durera plus et elle a des conséquences économiques et sociales très importantes. Elle se transmet à la production et à l’emploi. Nous sommes en récession (à cause notamment de la politique d’austérité).
Attac dit que c’est une crise systémique : crise du capitalisme financier. Elle est multidimentionnelle : financière, économique et écologique. Elle est sur tous les plans et a une ampleur énorme. C’est tout note système de pensée et d’organisation qu’il faut repenser.
 
LA DETTE
Il y a la dette privée, c’est à dire celle des particuliers, des entreprises, et il y a la dette de l’Etat et des collectivités locales (elle s’endettent pour construire des équipements collectifs, des routes, des écoles…)
Depuis 2008, la dette de l’état a augmenté brutalement. Elle est passée de 60% à 80% du PIB notamment parce que l’Etat a secouru les banques privées (la règle européenne était que la dette ne devait pas dépasser 60% du PIB et la plupart des états y arrivaient avant 2008).
Les études qui ont été faites par les économistes montrent que le probleme n’est pas les dépenses mais que le problème est les recettes (voir plus bas).
C’est quoi les ressources d’un état : les impôts tout d’abord (impôts directs et TVA) et puis les emprunts : les obligations que l’Etat émet sous forme de bons du trésor.
Les états ont augmenté leur dette pour aller au secours du secteur privé défaillant en faisant des plans de relance (la prime à la casse, l’aide aux investissements, les aides à différents secteurs d’activité) en renflouant les banques.
 
POURQUOI L’ETAT SAUVE T IL LES BANQUES ET POURQUOI LES SOCIALISER ?
Les banques ont interdépendantes entre elles, elles se pretent de l’argent les unes les autres et si une banque craque, elle entraîne les autres dans sa chute (effet de domino) et tout le systême bancaire peut alors s’écrouler ce qui n’est pas possible car la crise du système bancaire entraine tout. Voir la crise de 29. Si Renault, fait faillite, c’est grave mais cela ne provoque pas de propagation aux autres secteurs de l’économie. S’il n’y a plus de moyens de paiement, tout est absolument bloqué.
A cause de cela, attac dit que la banque est un service public, que la monnaie doit être gérée par la société, par les acteurs de la société civile. Car l’on ne peut laisser cela entre les mains de personnes qui dirigent les choses dans leur seul intérêt financier.
La France a déjà par le passé nationalisé ses banques : en  36, après la guerre de 45, entre 81 et 83. En 1983, l’Etat était actionnaire unique de toutes les banques françaises (BNP, Paribas, La Société Générale… ) Seules les banques coopératives ou mutualistes c’est à dire détenues par leurs clients n’avaient pas été touchées (Crédit Agricole, Crédit Coopératif,  Crédit Lyonnais… ).
 Mais toutes les banques y compris les nationalisées sont entrées dans une logique capitaliste qui ne peut être tolérée, cf le scandale du Crédit Lyonnais. C’est pour cela qu’attac dit qu’il faut non pas nationaliser les banques mais les socialiser, pour qu’elles passent au contrôle des citoyens et non au contrôle exclusif de l’Etat.
 
LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE
La Banque centrale Européenne coiffe les banques nationales de chaque pays.
La Banque Centrale a deux fonctions :
-veiller au bon fonctionnement du sustème bancaire en surveillatn ce qui se passe, en créant de la monnaie au besoin pour la faire circuler entre les banques.
-faire la politique monétaire. La BCE par exemple tâche d’agir sur les taux d’intérêt en les faisant monter ou descendre selon ses objectifs (elle monte les taux d’intérêt quand elle veut limiter les emprunts et diminuer l’inflation, pour cela elle monte ses propres taux d’interêt pour ses prets aux banques et les banques répercutent cette hausse sur les prets qu’elles font aux particuliers et aux entreprises)
 
La BCE ne fonctionne pas comme la banque des Etats Unis. La BCE n’a pas le droit de preter de l’argent aux Etats européens. C’est un vrai problême car en période de crise, les Etats en auraient bien besoin car ils pourraient obtenir des taux d’intérêt faibles. Chez nous, Pompidou fait voter en 1973 une loi interdisant à la BCE de préter de l’argent à l’Etat et l’Etat doit donc dorénavant emprunter aux banques privées et payer les taux d’intérêt aux actionnaires.  (la Grèce emprunte à un taux de 22%). Aux Etats Unis ou en Angleterre, la banque centrale achète de la dette publique à des taux d’interêt inféreiurs à ceux du marché, dun coup les marchés n’ont pas de problème avec la dette publique et ont confiance en les capacités de l’Etat à rembourser. Car la monnaie repose sur la confiance en la banque centrale. Si la confiance n’est plus là, les acteurs ne veulent plus de cette monnaie là et se tournent vers des monnaies d’autres pays. Nous avons de la chance, il y a encore de la confiance en l’euro. Pourvu que cela dure.
A partir de 1986, nous avons reprivatisé les banques. Le Crédit Local de France qui peétait aux collectivités locales est privatisé, il fusionne ensuite avec une banque belge pour devenir Dexia. Dexia poussera les collectivités locales à prendre des produits bancaires toxiques ce qui leur fera perdre beaucoup d’argent. Avec la crise, comme les collectivités locales ne pouvaient plus rembourser leurs emprunts, Dexia plonge et la BCE doit renflouer Dexia pour ne pas prendre le risque de l’effet domino. 
La Banque populiare et caisse d’epargne (BPCE) Natixis à perdu 6 milliards dans les subprimes . Nous l’avons renfloué sans la nationaliser.
 
BANQUE DE DETAIL ET BANQUE D’AFFAIRES
Les banques font maintenant tout : elles prêtent et gèrent l’argent des particuliers mais elles font aussi de grosses affaires, organisent les fusions entre les grandes entreprises… Elles sont devenus des mastodontes financiers. La demande d’attac est de séparer la banque d’affaire de la banque de détail car on risque de couler l’épargne populaire avec les pertes des grosses affaires.
Roosevelt avait séparé banque de détail et banque d’affaires en 1933 pour diminuer l’impact du krack bancaire mais Clinton a annulé cela ensuite. Les Anglais sont en train de tenter une mesure qui va dans ce sens. Pas nous.
 
LA CRISE DE LA DETTTE ET SES CAUSES
Il y a une crise de la dette privée (les subprimes apr exemple, la dette des ménages espagnols. ..) qui a du être prise en charge par les états
Cette crise a entrainé une crise de la dette publique. Mais les raisons de la crise de la dette remontent à plus loin, au concept d’état néolibéral.
C’est quoi l’état néolibéral ?
On le date aux années Tatcher Reagan, fin des années 70. Ils développent ce concept, jsqu’au consensus de Washington qui oblige els états sous développés à entrer dans le libéralisme.
L’état libéral est encore plus omiprésent et autoritaire et prédateur et centralisateur qu’avant. Il travaille pour les intérêts des classes dominantes.
 
Entre 1980 et 2000 la dette publique des Etats a augmenté car la fiscalité à diminué. En France les dépenses publiques n’ont pas augmenté plus vite que le PIB. C’est donc du coté des recette de l’Etat qu’est le problême, pas du coté de ses dépenses. On a libéralisé la sphère financière et les investisseurs ont mis en concurrence les travailleurs des différents continents ce qui a eu pour résultat que les salaires ont augmenté très lentement (d’ou diminution des impots même si les taux d’imposition sur les salaires ont augmenté) alors que les bénéfices des actionnaires augmentaient (ils sont très peu imposés). Les grosses entreprises se localisent là où elles paient le moins d’impots et là où les subventions sont fortes (elles ont souvent plus de subventions qu’elles ont d’impôts) et l’on note que les impôts sur les sociétés sont passés de 50% à 32% aujourd’hui.
Ainsi, attrac dit que le mal est lié à la fiscalité plus qu’aux dépenses de l’Etat et qu’il faut donc faire une réforme fiscale.
 
LES NICHES FISCALES
Les niches fiscales représentent 70 milliards apr an soit la moitié du déficit de l’Etat.  Si on les diminuait pour qu’elles ne soient plus qu’à 20 milliards, on aurait enclanché un processus qui stabiliserait la dette. Certaines niches doivent être conservées par exemple celle qui est constituée par la prime à l’emploi mais d’autres sont des cadeaux à ceux qui n’en ont pas besoin (par exemple la loi sellier qui degrève les impots de ceux qui construisent des logements en vue de les louer, les plusvallues sur les ventes des chevaux de courses qui sont dégrévées, les pipes de St Claude, les antiquaires, les heures supplémentaires, le crédit impot recherche pour les entreprises alors qu’elles font passer sous recherche des frais qui n’en sont pas parce qu’elles sont très peu contrôlées sur ce point… )
Vouloir réduire les dépenses publiques en diminuant les fonctionnaires n’est pas la solution et est absolument contre productif.
Pour note il faut savoir que la France consacre 5% de son PIB aux dépenses de santé alors que les Etats Unis y consacrent 8%. L’on s’arrange pour que nous pensions tous le contraire.
 
LES IMPOTS
La France est le pays où les niveaux des cotisations sociales et des impôts sur le revenu sont les plus forts, en contrepartie nous avons de vrais services publics : des hopitaux, des routes… c’est le passif de la dette. C’est ce que nous léguerons à nos enfants. Ainsi il n’y a pas de raison qu’ils ne paient pas aussi pour ces équipements qu’ils vont utiliser pendant des années.
Pour Dominique, un état doit être en déficit. Il fait des investissements sur plus de 50 ans donc il est normal qu’il s’endette. Un état bien géré est endetté.
Nous notons que d’autres pays ont des taux d’imposition très élevés : ce sont les pays nordiques et ce sont ceux qui s’en sortent le mieux actuellement.
Les capitalistes veulent tout privatiser parce que leur intérêt financier est là, parce que l’eau privatisée est plus chère que l’eau publique, parce que la santé privatisée aux Etats Unis est plus chère que la santé publique chez nous… et donc rapporte plus.
Il faut rappeler à quoi servent nos impôts : à donner accès à tous aux services, y compris à ceux qui ont de faibles moyens. Les impots c’est la condition pour moins d’inégalités. Or l’on tache de nous convaincre que la privatisation c’est bien, on culpabilise les gens du public comme s’ils ne faisaient pas bien, comme s’ils étaient moins efficaces et on fait croire cela aux usagers. Voir la notion de gouvernementalité chez Michel Foucault.
 
LES AGENCES DE NOTATION
Qui est derrière ce que nous appelons les marchés ?
Les fonds de pension, les fonds mutuels : SICAV, Assurances vie (ils placent en bourse les fonds des particuliers), et les banques (qui achètent des titres, font des produits qu’ils revendent…)
Et puis il y a les agences de notation. Leur métier est de noter les emprunteurs (mieux l’emprunteur est noté plus bas sont les taux de remboursement de son emprunt). Elles notent donc les états, les collectivités locales, les entreprises… qui empruntent.
Il y a des notes directement demandées par les emprunteurs qui paient les agences de notation pour cela et des notes non sollicitées (les états).
Les agences sont très puissantes, il y en a essentiellement trois et elles sont indéboulonnables, même par un gouvernement. Leurs lobystes sont puissants.
Les agences appliquent aux états les grilles d’analyse prévues pour les entreprises ce qui est incohérent et amène a de grandes incohérences.
 
DETTE ILLEGITIME ET POUVOIR CITOYEN
Il y a des états qui ont annoncé qu’ils ne rembourseraient pas une partie de leur dette. A Attac, nous demandons une audit citoyenne de la dette pour déterminer quelle partie est illégitime (par exemple la partie qui est due aux aides données à la partie riche de la population).
Les islandais ont vu que leur gouvernement renégociait une dette avec les banques et ils ont pétitionné pour obtenir un référendum qui a annulé cela. Un an après leur gouvernement a recommencé et ils ont refait pétition pour référendum et ils ont annulé ainsi une partie de leur dette.
 
En Argentine, en 2003, Kirchner a refusé de payer sa dette et en a annulé toute une partie ce qui a permis au gouvernement de sortir de la crise. 

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